Ces ‘’Souvenirs’’, ce sont des petits moments vécus à Cournot, bien réels, des instants amusants ou beaucoup moins, mais que nous avons mis en cage dans notre mémoire scolaire, occultés ensuite par la vie professionnelle et familiale, et en retrouvant au sein de l’Association des amis ou amies de cette époque, ils remontent à la surface encore bien vivaces.
Mais au fait, vous en avez peut-être un aussi à nous conter ? ? ?
C’est très facile : Utilisez le Formulaire de contact
Et nous nous ferons un plaisir de le mettre en ligne à la rencontre éventuelle d’un de vos anciens amis ou amies
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Monsieur Louis Joseph AYME , ancien de Dampierre sur Salon et ancien élève de Cournot avait publié en Juin 1992 un livre/recueil de poèmes :
‘’’Autour du chat vert’’
(illustré par Mrs René NUFFER, Roland VIENNOT et Didier NOBLOT).
Ce livre m’a été offert par un de ses descendants il y a quelques années (peut-être un fils ou petit fils ? ?)
En le relisant, un poème a attiré mon attention, car il évoque avec humour la vie au collège, en particulier des internes dans les années 1950. Ce qui entre tout à fait dans le cadre de cette page.
Je l’ai donc recopié et vous en propose la lecture.
AU COLLEGE AUGUSTIN COURNOT
Nous n’étions pas des gosses de riches;
Nous n’avions pas un sou vaillant
Et si nos parents étaient chiches,
C’est qu’ils avaient trop peu d’ argent.
Mais quand on a douze ou treize ans,
Le fric n’est pas une hantise
Et dans nos tristes blouses grises
Nous étions toujours sémillants
Comme uns volée de moineaux,
Au Collège Augustin Cournot.
Nous étions très mal embouchés
Et nos mères se voilaient la face
En nous entendant rabâcher
Notre vocabulaire salace.
Mais nous, les bleus, simples morpions,
Nous y trouvions autant d’attrait
Qu’à user d’un code secret
Et certains jours, nous nous croyions
Membres de la bande à Bonnot,
Au collège Augustin Cournot.
Le patron n’était pas sévère
Mais les anciens faisaient la loi,
Nous obligeant,en plein hiver,
Quand le froid nous glaçait les doigts,
A leur décrotter les godasses
De foot avec une chandelle,
Et ils menaient un beau bordel
Si nous laissions la moindre trace
De merde sur leurs croquenots,
Au collège Augustin Cournot.*
Nous portions tous un nom curieux
Qui n’était en fait qu’un surnom
Comme en ont les gens du milieu :
Béquillard, Phanor, Barbillon,
Bamboula et la Lolotasse,
Mamu, le Pticlou et Thépot
La Grosse Tanche et puis le Gros Pro.
Vous m’excuserez si j’en passe.
Et j’oubliais le Grand Viennot,
Au collège Augustin Cournot.
Bien sûr, nous adorions les filles,
Nous les guettions dans les couloirs ;
Nous les trouvions toutes jolies
Et pensions à elles au dortoir
En voyant de loin la concierge
Se gratter longuement les fesses ;
Et ces soirs-là, je le confesse,
Nous aurions allumé des cierges
Devant l’autel du dieu Porno,
Au collège Augustin Cournot.
Pour nous qui n’aimions pas le sport,
Restait le somptueux décor
Du grand parc où nous échappions
A l’œil inquisiteur du pion.
Nous nous installions en cachette
Pour fumer une cigarette,
L’été sur le toit du préau
En nous aidant d’un gros sureau
Et l’hiver dans les goguenots,
Au collège Augustin Cournot.*
Je crois parfois, non sans raisons,
Que les murs de mon vieux bahut
Ressemblaient à une prison,
En dépit de quelques chahuts.
Et puis, voyez comme c’est drôle,
En cultivant l’introspection,
J’ai de moins en moins l’impression
Qu’il pouvait s’agir d’une geôle :
C’est que j’étais près du fourneau,
Au collège Augustin Cournot.
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Ce moment je ne l’ai pas vécu, encore trop jeune, mais il m’a été raconté avec tant de détails et d’éclats de rire complices que j’ai l’impression d’y avoir participé.
Dans les années 50 ou un peu avant, la salle de sciences nat attribuée à Mr Audouin (Carolus, pour les intimes) était dotée d’un matériel des plus vétustes.
Le plan de travail pour les expériences très haut (sur pattes) n’était pas très visibles pour les élèves situés en contrebas et surtout installés sur des tables et des bancs d’un autre temps (presque devenus dangereux).
Après moult demandes de Mr Audouin, du matériel plus approprié et surtout plus récent avait été commandé par l'Administration du Collège, et enfin arrivé à destination. Il était là, dans le couloir, encore dans son emballage, attendant impatiemment l’agent d’entretien qui viendrait lui donner vie.
Hélas . . . . . . .
Finalement, las d’attendre Carolus pris la décision que tout le monde attendait. Il demanda aux élèves de terminale de venir au prochain cours avec quelques outils et de l’aider à monter ce matériel. Sitôt dit, sitôt fait, le cours suivant les outils étaient là, et très rapidement le matériel était monté et mis en place. Avec grand plaisir, je suppose.
Mais qu’allait-on faire de l’ancien matériel ? ? ? ?
A nouveau, Carolus eut encore une idée de génie
Et là, l’un après l’autre, tables et bancs prirent le chemin de la cour inférieure, quelques mètres (plusieurs) plus bas, via la fenêtre, dans un fracas assourdissant, accompagnés de claironnants et plus que joyeux
de notre professeur de sciences naturelles.
Restait à ramasser les morceaux pour le chauffage
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Les anciens, vous vous souvenez, c’était le surnom de Madame Seguin, la concierge, qui avait en charge de sonner la cloche pour annoncer le début et la fin des cours, mais aussi de surveiller les entrées et sorties suspectes de la cour d’honneur (celle du bas).
Sa loge n’était pas très accueillante, des murs tout autour, pas la moindre verdure.
Mais ce jour là ‘Cacaille’ était rentrée du marché heureuse, elle s’était offert une petite plante à repiquer dans un pot, dont elle avait d’ailleurs fait l’acquisition.
Les cours étant terminés, les élèves partis, elle allait pouvoir se mettre au travail en toute quiétude. Ah oui . . . !, mais la terre ? ? ? Dans cette cour , des graviers mais pas la moindre trace de terre.
Elle avait remarqué que les ouvriers qui avaient travaillé dans la cour, avaient laissé, avant leur départ, une brouette de sable fin protégée d’une bâche. « Demain, ils ne remarqueront pas s’il manque 3 ou 4 poignées de ce beau sable ».
Et hop !, c’est fait, la petite fleur semble bien à l’aise dans ce beau sable. Il ne faut pas oublier de l’arroser et copieusement.
Voilà ma belle, tu seras bien, au soleil devant ma porte. Il y aura des jaloux demain ! ! !
Mais au matin en allant sonner la cloche, elle constate que sa plante regarde plus vers le sol que vers le soleil. Elle touche la terre pour s’assurer qu’elle ne manque pas d’eau. Oh ! terrible surprise. Ce n’est plus du sable mais un bloc de ciment, dur comme la pierre.
Mais qu’avaient-ils mis dans ce sable ? ? ?
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(tiré de notre livre)
Un des amusements favoris pour les ‘petits’, c’était l’automne venu dans notre beau parc de ramasser le maximum de feuilles tombées des arbres pour constituer un tas le plus haut possible et s’y jeter dedans en y faisant quelques galipettes. Mais les ‘grands’, n’osant pas s‘avouer qu’ils aimeraient en faire autant, venaient régulièrement y donner force coups de pieds afin de détruire notre terrain de jeu. Et nous après l’orage, comme fourmis laborieuses, remettions la fourmilière en place et le jeu reprenait. Et ainsi de suite. . . .
Jusqu’au jour, où lassés de ces continuels désagréments, l’un de nous eu l’idée de placer à l’intérieur du monticule quelques grosses pierres bien solides. Surprise pour l’assaillant, vous pensez quand l’orteil ‘ravageur’ rencontra le caillou ‘vengeur’ ! ! !
Craignant les représailles, les fourmis muées en moineaux s’étaient déjà égaillés dans tous les recoins complices du parc.
Finalement de représailles il n’y en eut point, vexés peut-être de s’être fait berner par plus petit que soi.
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Pendant l’occupation allemande, dans l’hiver 1941-42, des internes de classe terminale décidèrent dans la nuit de s’échapper du dortoir, et au péril de leur vie, de grimper sur les toits du Collège, pour atteindre , en se faufilant sur le bord des corniches, le clocheton situé en plein centre de l’établissement, au dessus de la cour d’honneur.
Là, ils tracèrent à la craie, à destination des troupes allemandes, en grosses lettres blanches : « MORT AUX VACHES

Le lendemain matin, au début des cours, tous les regards réjouis des élèves convergeaient vers l’inscription, et l’épopée nocturne alimentait touts les conversations.
Inutile de dire que l’administration du Collège pour éviter toutes représailles, s’empressa de faire disparaître toute trace . . ., d’autant que, le jour même, était annoncée la visite au Collège, du recteur d’académie.
(tiré du livre d’un ancien 1923-27)
Tous les ans avant Noël, les élèves des établissements scolaires de la ville donnaient au théâtre une soirée de bienfaisance. Les rondes, les danses, les sketches choisis dans un répertoire approprié se succédaient dans une ambiance de Kermesse.
Cette année là, les jeunes filles de l’Ecole Supérieure exécutaient avec la ‘’Philarmonie Grayloise’’, quelques figures du ballet de Coopélia, tandis que les collégiens de Cournot, jouaient en finale ‘’Les deux timides’’, pièce en un acte de Labiche. Monsieur Bailly, professeur de français avait désigné comme premiers rôles, Mavia, Perouillet et Anne-Marie ; Turin, le domestique ne faisait qu’une courte apparition en baragouinant : « Dominique, les chevaux ! »
Je suis le bouche-trou pensait-il. Il y eut plusieurs répétitions et son opinion ne changeait pas, malgré le soin qu’il mettait à faire de son mieux.
Les applaudissements ne me toucheront pas insinuait-il à Mavia qui lui faisait remarquer qu’un seul mot avait suffi à Cambronne pour passer à la postérité.
La pièce eut un plein succès, c’était le clou de la soirée et lorsque le jeune premier envoya sur la scène un baiser à la belle Dulcinée, le public acclama chaleureusement les cabotins. Tout est bien qui finit bien, mais Monsieur Bailly en quittant son poste de régisseur avec Labiche à la main, fut très étonné de voir Turin et Anne-Marie qui s’embrassaient dans les coulisses . . ., ils se complimentaient certainement. Salaisse sortit de sa loge de souffleur en chantonnant en sourdine, content de lui, l’air à la mode de ce temps là :
‘C’est une chemise rose
Avec une petite femme dedans
Fraîche comme une fleur éclose
Tendre comme la mousse des champs’
Au retour, tandis qu’Anne-Marie rejoignait la famille du Principal, il confiait aux deux timides :
- Elle a des cuisses bien faites et des dessous troublants. J’ai eu bien du mal à suivre mon texte et parfois j’ai cru être au French-Cancan.
- Tu vois Turin, confirmait le Gorêt, sans dire une parole, il avait le rôle le plus long, et une place de choix
(tiré du livre d’un ancien des années 1923/1927)
Nous étions 25 pensionnaires et 100 externes ; en dessous de ces chiffres l’établissement était supprimé par mesure d’économie (décret poincaré). Pour boucher les trous, le Principal Mr Gros inscrivait des filles sous des noms de garçons en qualité d’externes (le collège n’était pas mixte) et il les éclipsait en cas d’inspection. C’étaient des clandestines.
Une nouvelle recrue du Principal avait fait son apparition en classe de philosophie : Nelly, fille d’un médecin de campagne, était élancée comme un baliveau, blonde vénitienne aux cheveux frisés, elle portait des lunettes d’écaille brune et son air renfrogné lui donnait l’allure d’une biche aux aguets. Georgette ne lui ressemblait guère, c’était une élève du premier cycle, petite, grasse comme une caille et qui semblait offrir, pour son âge une opulente poitrine en regardant innocemment les garçons plus âgés qu’elle. Anne Marie, la nièce du Principal souriait discrètement à tout le monde mais ses cheveux bruns un peu ternes, son teint fade, ses yeux gris et ses jambes de poulet ne l’avantageaient pas ; tandis que Pierrette, fille d’un avocat renommé se présentait avec un certain chic, la figure agrémentée de deux coccinelles en guise de boucles d’oreilles. Gracieuse et élégante sans excès, elle était jolie sans être belle. Lesky l’avait jugée en connaisseur : c’est une môme bien balancée et pas bégueule. Ginette, la plus sympathique, sportive, affiliée à la ‘’Gymnastique Grayloise’’, toujours dans le vent, recueillait les suffrages. Cependant, aucune d’elles n’aurait été sélectionnée dans un concours de beauté.
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(tiré du livre d’un ancien de 1923/27)
La pluie, le froid et le crachin enserrent la ville, soumise de plus au couvre-feu. Personne ne doit être surpris hors de son domicile après 20 heures . . . La patrouille allemande rythme la nuit de son pas lourd. La guerre semble perdue pour l’Allemagne. La résistance se fait de plus en plus présente.
Cette affiche, un matin apparaît sur les murs de la cité. . .

Un appel à la délation, très mal perçu par la population. Deux jours après, presque toutes ont disparu. Les soupçons à tort ou à raison (plutôt à raison) se portent sur les collégiens d’Augustin Cournot. Faute de preuve, les autorités, sans doute appuyées par la Kommandatur de la rue Victor Hugo, décrètent que ne nouvelles affiches seront apposées. Elles seront surveillés chaque nuit par les collégiens des grandes classes. Un collégien par affiche, relevé toutes les deux heures. Responsable du dispositif : Le Principal du collège, Monsieur FAUVEL.
Ainsi fut fait pendant bon nombre de nuits . . .très noires. Les jeunes gardiens et leurs affiches étaient contrôlés par les patrouilles. Monsieur Fauvel aidé par quelques amis dûment accrédités, allait de l’un à l’autre pour apporter un ersatz de café chaud. Puis les choses s’enrayèrent doucement. La neige apparut. Les autorités eurent des problèmes plus importants à traiter ; les allemands avaient d’autres sujets d’inquiétude. . . Les gardiens tombèrent mystérieusement malades. Les affiches ? ? Certaines se décollèrent sous les giboulées, se craquelèrent et s’effritèrent sous le gel . . . Le reste disparut.
Ainsi s’acheva ce minuscule épisode dans la longue histoire du collège Augustin Cournot, pendant que se poursuivait la grande et terrible histoire de la guerre.
Cette affiche en restera le témoignage.
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(Tiré de notre livre)
Comment se souvenir de l’internat du collège Augustin Cournot dans les années 1950 sans se rappeler ce réfectoire, avec son immense table en marbre, où venait s’asseoir à chaque repas, la tribu des Internes, et dans un ordre clairement établi. A l’extrémité la plus proche des cuisines s’installaient les Terminales, puis les Premières, puis les Secondes et ainsi de suite, jusqu’à l’autre bout réservé aux Sixièmes, évidemment. Il faut dire que les plats, apportés par les cuisinières et dans un soucis d’économie de pas, je suppose, étaient posés au plus près et, après avoir été soigneusement triés aux passages (au pluriel), s’acheminaient lentement vers l’autre bout de la table. Je vous laisse à penser ce qu’il pouvait rester. Mais on avait faim ! !
Toute une année il fallait patienter, sachant qu’à la prochaine rentrée on allait progresser dans la hiérarchie et gagner les places tant convoitées. «Toujours regarder vers le haut !!», telle était la devise !. Pour les autres, leur jour arriverait ! !
Bel encouragement à ne pas redoubler.
Quel coup nous reçûmes, quand après avoir franchi avec succès, la moitié de cette longue ascension de la file d’attente, nous nous retrouvâmes à la rentrée suivante dans un réfectoire dont l’emblème principal avait disparu et était remplacé par des tables octogonales. Tout était remis en question. Plus de hiérarchie . Et chaque table recevait SON plat. Presque l’anarchie. . . .
On a survécu.
J’ai vécu dans ce réfectoire une mini révolte. Chaque interne recevait, le midi un demi-pain qu’il allait utiliser pour les quatre repas journaliers. Il en avait la garde et le cachait soigneusement dans un casier cadenassé. Mais pour éviter une consommation abusive de pain frais, celui-ci avait attendu quelques jours, histoire de se faire désirer, je présume. Or ce jour là, ce ne fût pas du pain de quelques jours, mais de quelquesss joursss, au moins.
Oh oui ! Impossible à couper, à grignoter. Il était même à craindre que les porcs qui finissaient nos restes (pour autant qu’il y en eût) s’en cassent les dents.
Après moult contestations et vaines discutions avec les surveillants, les Grands commencèrent à balancer allègrement leur quignon au sol en bout de table et nous invitèrent ‘fortement’ à faire passer le notre, pour qu’il subisse le même sort.
Quel désespoir de voir partir ainsi son pain quotidien . . .
Les surveillants, dépassés, appelèrent à l’aide le surveillant général (vous connaissez son nom ? ), qui, pas plus à l’aise alerta le Principal, qui bien entendu en référa à l’économe. Tous ces braves gens dérangés en plein repas . . (peut-être pas avec le même pain, j’espère). Mais il fallait faire quelque chose. Et nous eûmes, cette fois du pain ‘frais’ : Il avait deux jours, peut-être, tout au plus. Cela valait le coup de manifester ! ! !
Quant aux porcs. . . . ? ? ?
Tous ces valeureux sportifs habitués à s’entraîner actuellement dans des conditions optimales (gymnases et salles chauffés, stade bien équipé), s’imaginent-t-ils les dispositions dans lesquelles leurs aînés pratiquaient, avant eux, l’éducation physique ?
Dans les années 40, le parc du Collège faisait office de terrain d’entraînement. Les installations étaient pratiquement inexistantes. Un terrain de basket cimenté était utilisé pour les séances d’éducation physique. Deux panneaux, aux paniers vétustes permettaient aux collégiens de participer à des rencontres, entrecoupées de longs temps morts : le ballon filait, bien souvent, malencontreusement dans le ‘’Ravin’’ qui longeait alors le terrain, et il fallait le retrouver . . . au milieu des herbes folles, des orties et des ronces ! (c’était souvent le travail des plus jeunes)
Au fond du parc, comme seuls agrès, existaient une corde à grimper et une barre fixe sous le vieux préau ouvert à tous vents. La partie dégagée entre les arbres du parc permettait aux footballeurs en herbe de pratiquer, mais sur un sol souvent boueux et jonché à l’automne de feuilles mortes. Pour le saut en hauteur, une fosse remplie de sable humide, avait été creusée à côté du terrain de basket ; installations sommaires dont, garçons et filles, toute mixité prohibée, savaient pourtant tirer profit.
Lorsque les horaires le permettaient, les élèves en rang par deux, gagnaient par la Grande Rue, le seul stade existant alors à Gray, construit sur un ancien cimetière, route de Dole. De sommaires ‘’préfabriqués’’ permettaient aux élèves de se déshabiller à l’abri, mais le terrain exigu n’avait rendu possible que l’aménagement d’une petite piste circulaire en cendrée de 200 mètres, d’un terrain de basket et de sautoirs.
A la fin des années 40, les matches de basket, de hand et de volley, purent s’effectuer au manège Colbert, non chauffé, sur un sol cimenté mais humide et glissant et non exempt de trous. Avant les rencontres, il fallait souvent évacuer les flaques d’eau, voire de neige, provoquées par un toit bien défectueux et de nombreuses vitres brisées.
Au début des années 50, ce stade sur lequel, à l’heure actuelle, sont érigées des constructions H.L.M. fut remplacé par celui existant désormais, où les lycéens peuvent dorénavant profiter d’installations modernes plus propices à la bonne pratique du sport.
La vague de froid a commencé le 1er février avec -17° le matin, alors que la veille au soir il ne gelait pas, pour se terminer fin février.
Le thermomètre est descendu jusqu’ à -30° aux grilles de la Caisse d’Epargne avenue Carnot (établissement bien connu de Gabriel Sire).
Je faisais ma première année en 6ème à Edmond Bour et les allers et retours à pied ou quelquefois dans la voiture d’une âme charitable étaient très pénibles. Le matin, nous passions 1 heure à nous réchauffer contre les radiateurs avant de commencer les cours surtout que l’encre était gelée dans les stylos. L’après midi, vers 13 heures sur le pont de pierre, nous regardions le génie de Besançon qui faisait sauter la glace à la dynamite sur la Saône gelée car on craignait que la glace endommage les piles du pont et les aiguilles du barrage.
Les soldats se déplaçaient en jeep et tiraient les barques à fond plat comme des traineaux sur la glace. Ils creusaient un trou à la pioche puis installaient la dynamite et déroulaient le cordon pour se retirer à 100 mètres et faire sauter la glace. Autant dire que le spectacle était très intéressant et qu’il y avait foule sur le pont malgré le froid.
En dehors de cet épisode, la vie n’était facile pour personne, les rues étaient gelées et couvertes d’ornières de glace ce qui ne facilitait pas la circulation, les fils électriques étaient recouverts d’une épaisse couche de givre et certains cassaient sous le poids de la glace. Les canalisations d’eau gelaient jusqu’à 1 mètre sous terre et ce n’est qu’au dégel qu’on a pu mesurer l’importance des dégâts.
Cela est toujours très présent dans ma mémoire et j’y repense quand je vois des reportages sur les vagues de froid aux Etats Unis, et, on peut se demander si de nos jours, tributaires comme nous le sommes de l’énergie, principalement électrique et des techniques modernes, nous ne serions pas plus vulnérables qu’en 1956.
Luc TROPET